Réponse au discours de Tô Lâm, secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République socialiste du Vietnam
Votre Excellence, Monsieur le Président Tô Lâm,
Mesdames et Messieurs les invités de marque, chers collègues parlementaires, Mesdames et Messieurs,
C’est un grand honneur de vous accueillir, Monsieur le Secrétaire général et Président, au Parlement du Canada à l’occasion de cette visite d’État historique.
Je vous remercie d’avoir partagé le point de vue du Vietnam sur les défis auxquels le monde est confronté et sur les occasions qui s’offrent à nos deux pays. Vos remarques d’aujourd’hui s’inscrivent dans le cadre d’une contribution vietnamienne continue à la compréhension internationale à un moment où, comme vous l’avez souligné, la méfiance semble l’emporter sur la compréhension à l’échelle internationale.
Dans votre discours liminaire lors du Dialogue du Shangri-La à Singapour plus tôt cette année, vous avez évoqué trois crises interdépendantes : les pressions exercées sur l’ordre international, les difficultés des modèles de développement existants et la perte de confiance stratégique. Vous avez établi un lien entre la sécurité, le développement économique et le changement climatique, et vous avez appelé au dialogue, au respect du droit international et à une croissance plus inclusive et durable.
Il existe des parallèles intéressants avec les remarques du premier ministre Mark Carney à Davos, où il a évoqué une rupture de l’ordre international, les vulnérabilités créées par la dépendance économique et la nécessité pour des pays comme le Canada de renforcer leurs capacités sur le plan national tout en établissant un plus grand nombre de partenariats à l’étranger.
Le Canada et le Vietnam ont des histoires et des systèmes politiques différents, et nous n’aurons pas toujours la même vision de chaque problème. Mais les deux pays sont confrontés à une question de plus en plus importante : comment préserver notre capacité à faire des choix indépendants tout en restant ouverts aux énormes avantages de la coopération internationale?
L’expérience en matière de développement propre au Vietnam donne un poids particulier à cette question.
Cette année marque le quarantième anniversaire du lancement du Đổi Mới. Au cours de ces quatre décennies, le Vietnam a connu une transformation extraordinaire, passant d’une pauvreté généralisée à des niveaux de vie beaucoup plus élevés et à une participation beaucoup plus importante à l’économie mondiale.
Le Vietnam se tourne maintenant vers ses objectifs du centenaire pour 2030 et 2045, avec des ambitions en matière d’industrie moderne, de hausse des revenus, de productivité accrue et d’innovation. Le Canada souhaite que le Vietnam réussisse cette prochaine étape, car les relations les plus durables sont celles dans lesquelles chaque pays peut trouver des occasions dans la réussite de l’autre.
Cela, selon moi, devrait être au cœur du partenariat stratégique qui a été annoncé il y a quelques heures : non seulement la façon dont le Canada et le Vietnam peuvent s’entraider pour évoluer dans un environnement international plus difficile, mais aussi ce que nous pouvons accomplir ensemble grâce au commerce, à l’investissement, aux connaissances et aux liens entre les peuples.
Nous disposons déjà d’une structure solide sur laquelle nous pouvons nous appuyer. Le Canada et le Vietnam sont membres de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste. Nous travaillons ensemble dans le cadre de la Coopération économique Asie-Pacifique et de la mobilisation du Canada auprès de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.
Pour le Canada, c’est particulièrement important, car la diversification des échanges commerciaux est devenue un impératif économique.
Certains affirment que le Canada ne peut pas réduire de manière considérable sa dépendance à l’égard de l’immense économie située juste au sud de ses frontières, car la géographie est un destin.
Le Vietnam offre une raison intéressante de remettre en question cette affirmation.
Votre pays partage une longue frontière avec la Chine, l’une des plus grandes économies du monde et un partenaire économique indispensable. Pourtant, le Vietnam a également noué des relations commerciales étroites de l’autre côté du Pacifique, avec les États-Unis, l’Europe et le reste de l’Asie. En effet, la part des échanges commerciaux du Vietnam avec la Chine et les États-Unis est à peu près identique.
Nos situations sont très différentes et nous ne devrions pas établir de comparaisons faciles. Il y a néanmoins quelque chose que nous devons prendre en considération dans la capacité du Vietnam à combiner une relation économique très importante avec son voisin géant et un effort tout aussi déterminé pour développer des marchés beaucoup plus éloignés.
En tant que coprésident du Groupe d’amitié parlementaire Canada Vietnam, j’ai été particulièrement heureux, Monsieur le Président, de votre soutien en faveur d’une plus grande interaction entre nos assemblées législatives, et profondément honoré que vous ayez rencontré notre Groupe d’amitié immédiatement avant votre discours.
Les relations parlementaires nous permettent de nous comprendre au-delà des formalités de la diplomatie. Au fil du temps, elles créent des amitiés qui peuvent survivre aux changements de gouvernement et aux périodes difficiles. Elles deviennent un élément du tissu social qui rend durable une relation entre des pays.
Et cela m’amène, Monsieur le Président, à une coïncidence particulièrement opportune.
Demain, c’est le Tết Trung Thu, la Fête de la mi-automne, une occasion particulièrement associée, au Vietnam, à la famille, aux enfants et aux générations futures. Nous sommes donc d’autant plus honorés que vous et votre délégation passiez la veille du Tết avec nous ici, au Canada.
Le président Hồ Chí Minh a dit un jour :
« Pour le bien des dix prochaines années, plantez des arbres; pour le bien des cent prochaines années, éduquez les gens. »
Il se trouve que vous avez planté un arbre dans le parc de Rideau Hall ce matin même, ce qui apportera assurément des bienfaits pendant une décennie, voire au-delà.
Mais votre discours a également fait allusion à la deuxième partie de l’observation du président Hồ Chí Minh, qui concerne le développement des relations interpersonnelles.
Les relations entre les pays peuvent commencer par la diplomatie, le commerce et les accords, mais elles perdurent parce que les personnes apprennent à se connaître : parce que les jeunes étudient ensemble, que les entreprises se développent ensemble, que les parlementaires se parlent et que les nouvelles générations héritent de cette amitié.
Demain, les familles vietnamiennes célébreront le Tết Trung Thu sous la même lune que celle que nous verrons ici, au Canada. Nous sommes peut être séparés par un vaste océan et façonnés par des histoires différentes, mais la distance ne doit pas empêcher l’amitié ni nous empêcher de construire ensemble quelque chose de durable.
L’arbre a été planté. Notre tâche consiste désormais à renforcer cette relation, ainsi que les générations qui la feront perdurer.
Monsieur le Président, au nom de mes collègues parlementaires, je vous souhaite, à vous, à votre délégation et au peuple vietnamien :
Chúc mừng Tết Trung Thu!
Je vous remercie d’avoir honoré le Canada de cette visite historique et de votre discours d’aujourd’hui.