Hommage à la sénatrice sortante Donna Dasko
DÉCLARATIONS DE SÉNATEURS — Hommages
L'honorable Donna Dasko
L’honorable Yuen Pau Woo : Honorables sénateurs, je me joins à d’autres pour rendre hommage à la sénatrice Dasko, qui, tout au long de sa vie, a apporté sa contribution à l’égalité des droits, à la participation politique, aux sondages et à l’élaboration des lois.
Quel est le fil conducteur qui relie le travail qu’elle a accompli dans ces différents domaines? La réponse évidente, c’est son engagement à l’égard de la justice sociale, de la démocratie et de la bonne gouvernance, qu’elle a su promouvoir de multiples façons.
Cependant, je pense qu’il y a une explication plus profonde qui est liée à sa formation. La sénatrice Dasko a un doctorat en sociologie et possède cette faculté de la pensée que le célèbre sociologue C. Wright Mills appelle « l’imagination sociologique ». C’est la capacité à faire la distinction entre ce que Mills appelle les « troubles » des personnes et les « problèmes » auxquels les sociétés sont confrontées. Mills voyait le potentiel de la sociologie en tant que discipline capable d’imaginer et d’anticiper l’avenir.
Cela décrit parfaitement Donna Dasko, qui, dans le cadre de ses efforts en matière d’égalité des droits, notamment en ce qui concerne la représentation des femmes en politique, a imaginé un avenir meilleur, et elle ne s’est pas contentée de l’anticiper; elle a agi pour le concrétiser grâce à l’organisme À voix égales, dont elle est cofondatrice.
La sociologue en la sénatrice Dasko percevait les obstacles auxquels se heurtaient les femmes qui aspiraient à occuper des fonctions politiques, ainsi que le problème collectif lié au manque de représentation féminine en politique. Elle est devenue partie intégrante de la solution lorsqu’elle a été nommée à la Chambre haute en 2018, portant alors la proportion de femmes au Sénat à un niveau record de 45 %. Même si le Sénat a aujourd’hui atteint la parité hommes-femmes, la sénatrice Dasko continue de travailler à l’établissement des fondements d’une représentation équitable au moyen de son projet de loi S-213, qui demande au directeur général des élections de fournir davantage de données démographiques.
Ses centres d’intérêt en matière législative rejoignent la pensée de Jürgen Habermas, autre figure majeure de la sociologie. Ce dernier était convaincu de l’importance de la sphère publique et du rôle du débat national dans l’élaboration des politiques publiques. Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi la sénatrice Dasko est si fascinée par les débats des chefs en période électorale, la réponse réside dans sa formation en sociologie.
Un autre sociologue de renom, Anthony Giddens, a un jour décrit les sondages comme faisant l’objet d’une « double herméneutique », la première herméneutique consistant en l’interprétation des données du sondage, et la seconde, en la manière dont les résultats du sondage peuvent influencer l’issue de l’enjeu en question. Non seulement la sénatrice Dasko comprend cette double herméneutique, mais elle a, dans ses sondages d’opinion sur le Sénat, ajouté une troisième herméneutique, à savoir le recours à son propre pouvoir d’action et à son engagement politique pour favoriser un Sénat plus indépendant.
Sans son sondage sur la perception du public à l’égard du Sénat, nous ne saurions pas qu’en 2026, 79 % des Canadiens veulent que les futurs gouvernements continuent de choisir des sénateurs indépendants ou que, pour la première fois en une décennie de sondages, les impressions positives de la Chambre haute l’emportent sur les impressions négatives.
C’est l’herméneutique triple de la sénatrice Dasko dans son travail au Sénat qui a contribué, en partie, à l’amélioration constante de la perception du public à l’égard de la Chambre haute.
Je ne sais pas quand un autre sociologue et sondeur sera nommé au Sénat, mais, dans le cas de la sénatrice Dasko, nous avons eu le privilège d’avoir quelqu’un qui a intégré sa formation d’experte aux travaux de la Chambre haute au moment même où les changements apportés au processus de nomination au Sénat permettaient de tirer efficacement profit de ces compétences.
Tu nous manqueras, Donna, mais tu nous as appris à faire preuve d’« imagination sociologique », et nous ferons de notre mieux pour être à la hauteur de ton exemple.